Elargis-nous

André Dumas
nid d'oiseau

@pixabay

Notre Dieu, nous te demandons d’élargir l’espace de nos tentes et de nos vies.

Nous te demandons d’avoir un cœur assez désintéressé de lui-même, pour que beaucoup d’autres intérêts puissent y nicher leur nid.

Nous souhaitons pouvoir cueillir, accueillir et recueillir les êtres et les choses qui surviennent sur nos chemins,

chanter avec ceux qui rient,

pleurer avec ceux qui souffrent,

songer avec ceux qui rêvent,

agir avec ceux qui transforment,

voir avec ceux qui montrent,

deviner avec ceux qui cachent,

marcher avec ceux qui se lèvent,

camper avec ceux qui s’arrêtent,

aller avec ceux qui courent,

souffler avec ceux qui récupèrent,

parler avec ceux qui échangent,

nous taire avec ceux qui font halte.

Nous souhaitons, ô Dieu, avoir un cœur au large, un cœur en émoi et en ardeur, un cœur en arrêt et en douceur.

 

Mais voici que nos tentes, nos cœurs et nos vies ont tendance à se rétrécir, comme une robe qui a trop de fois été à la lessive et dont la couleur se fane.

Voici que nous avons tendance et tentation de nous réduire, de délaisser ce qui nous cause difficulté et embarras, de nous calfeutrer dans un recoin étroit, de crainte de ne pas savoir nous y prendre avec ce qui est trop étranger à notre nature, trop dur pour nos capacités, trop incertain dans ses résultats.

Voici que nous renonçons trop vite et que nos vies s’amenuisent, comme une confiture desséchée.

 

Sérieusement, notre Dieu, nous te le demandons, chaque jour, élargis-nous,

pour que vieillir ne soit ni s’endurcir, ni pourrir, mais sans cesse mûrir, avec la pluie et soleil, avec la fleur et le fruit, avec les racines et les branches.

Plante-nous comme des arbres, dans la terre de ta création, vers le ciel de ta rédemption.

Plante nous comme du blé, qui pousse avec et malgré l’ivraie, les orties et les pierres du chemin.

Plante nous comme un village au sommet d’une colline, si bien que ses lumières balisent la plaine, avec et malgré le vent, le brouillard et l’orage.

Plante-nous comme un olivier, qui scintille.

Plante-nous comme un bambou, dont la souplesse devient du fer.

Plante-nous comme un cèdre, qui abrite et découpe l’espace.

Plante-nous comme un cyprès, qui s’affine en oriflamme.

Plante-nous même comme un platane, qui bedonne au long des routes et leur donne ombrage.

Plante-nous comme les arbres qui franchissent les saisons et qui s’élargissent sans cesse, car « le royaume de Dieu est comparable à une graine de moutarde qu’un homme plante dans un jardin.

Elle pousse, elle devient un arbre, et les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches » (Luc 13, 18-19).

Amen.

 

 

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