billet mai 2026
L’ACAT – Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture – vient de publier* les actes du colloque organisé à l’occasion des 50 ans de l’association œcuménique.
Extraits** :
« … à l’aube du XXIe siècle, de nouveaux défis ont émergé et une inquiétante regression s’installait. Le choc des attentats du 11 septembre 2011, la montée du populisme et des discours sécuritaires, les crises migratoires ont ouvert la voie à une banalisation des traitements indignes et de leur acceptation, y compris dans des démocraties réputées pour leur engagement en faveur des droits humains. En France, entre 2000 et 2016, le pourcentage de la population jugeant acceptable le recours à la torture dans des cas extrêmes est passé de 25% à 36%. Cette évolution traduit un basculement des mentalités, alimenté par des peurs collectives et une instrumentalisation de la sécurité nationale, malgré l’alerte de Robert Badinter dans son discours historique de 1981 sur l’abolition de la peine de mort : « La peur est le terreau sur lequel prospèrent toutes les justifications de l’injustifiable ».
« … Dans une société fragilisée par les incertitudes et les peurs, ballottée au gré des émotions collectives, les traitements cruels, inhumains ou dégradants peuvent conduire à un cercle vicieux effrayant. » La croissance du recours à des pratiques cruelles ou dégradantes ne représente pas seulement une atteinte insupportable à la dignité humaine, mais aussi une destruction du lien social qui fonde toute société. »
« Le basculement d’une société vers la torture n’est jamais brutal. Il s’opère par paliers successifs, par une série de petites compromissions qui finissent par former un système cohérent. »
« L’ACAT-France, … renouvelle son appel à la vigilance et à la résistance face à ces dérives. Ce colloque « Résister à l’indignité » est une invitation à réfléchir sur les mécanismes de la normalisation de l’inacceptable, sur les risques de basculement vers une société de violence et sur les moyens d’y opposer une réponse éthique et collective. »
Et nous, quel est notre degré d’acceptation de la torture et des traitements dégradants ?
Cet ouvrage peut nous aider à prendre conscience et à entrer en résistance pour défendre la dignité humaine, que ce soit pour des situations proches de nous ou bien pour des situations très lointaines.
Il me semble que c’est aussi et avant tout une nécessité pour chacune et chacun d’entre nous de questionner notre intime conviction.
*Résister à l’indignité – L’acceptation de la torture, point de bascule des sociétés ? Editions Olivétan
**Extraits pages 10 et 11 – Résister ou basculer – Luc Bellière