Edito mars 2024

A Pâques, soit relevé de ta mort !

@AFP / TOSHIFUMI KITAMURA

Cette année, le calendrier a fixé au 31 mars la fête de Pâques (5 mai pour les orthodoxes). Comme chaque année depuis plus de 2000 ans, cet événement vient rappeler la force du relèvement offert par Dieu.

La joie qu’ont éprouvés les amis et disciples de Jésus ne peut occulter leur angoisse, 3 jours plus tôt. La joie est sans doute à la mesure de leur profonde tristesse du moment. Pour nous il s’agit, aujourd’hui, de ne pas passer trop vite à la résurrection si nous ne voulons pas faire fausse route.

Jésus s’est entièrement abandonné à la volonté de Dieu et n’a pas cherché à se sauver lui-même, comme il aurait pu le faire à bien des occasions (l’épisode de la tentation en est le symbole, mais aussi à chaque fois qu’il a refusé de se conformer au légalisme de son temps).

Pourtant Jésus s’est aussi senti abandonné par son Père, au moment le plus décisif (son cri, sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? – Mc 15,34).

L’abandon en tant que « lâché prise » volontaire, n’empêche pas le doute de s’insinuer…

La résurrection – elle – est l’aboutissement de la confiance et vient donner raison à Jésus dont la non-puissance apparente et assumée était moquée (« Il a sauvé d’autres gens mais il ne peut pas se sauver lui-même ! – Mc 15,31).

Pâques est une protestation pour la vie dans la radicalité de la non-puissance. Elle s’oppose aux « puissants » du monde qui prétendent élever des remparts de protection, de sécurité par la division et l’exclusion. Leur puissance n’est au service que d’intérêts particuliers, pour garantir la vie de quelques-uns, tout en causant la destruction des autres.

Pâques est une protestation pour la vie, sans exclusive. Et dans notre monde actuel qui développe de plus en plus la peur de l’autre et le déclassement social il faut bien toute la force de l’événement de Pâques pour nous aider à résister à cette puissance malsaine.

Jésus avait mis en garde ses contemporains contre tous ceux qui aiment le pouvoir : « Ils lient de pesants fardeaux et les mettent sur les épaules des hommes alors qu’eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt » (Mt 23,4). Jésus complétait sa mise en garde par une conviction : « Quiconque s’élèvera sera abaissé, et quiconque s’abaissera sera élevé. » (Mt 23,12)

A Pâques, soyons tous relevés ! Que la joie de la résurrection nous aide à protester et à nous engager contre les puissances du monde et pour la vie telle que Dieu nous l’offre en Jésus-Christ.

Anne-Marie Feillens

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